Je vous l'ai dit, il y a trois temps dans ma vie, mais un quatrième est venu s'ajouter, une opération du genou qui me tient pour l'instant
prisonnier de mes murs et me laisse du temps pour vous raconter.
Je voudrais en ce début d'année, rendre un hommage à ma famille de coeur, celle qui a fait naitre en moi le Breton que je suis devenu. Pour celà
je vais remonter le temps jusqu'en Aout 2003, suite à une mutation professionnelle, je débarquais au volant de ma vieille renault 19 en la ville de Morlaix. Mon installation dans le
studio que j'avais loué fut rapide, un clic-clac, une table de camping et quelques affaires personnelles représentaient toute ma fortune.
Après une découverte de la ville je partais pour une balade le long de la côte, il faisait beau et j'étais enchanté de découvrir le bord de mer. M'étant
arrêté dans un petit café, j'achetais quelques cartes postales pour rassurer ma famille de mon arrivée en bretagne. Parmi les cartes que j'avais choisies, figuraient les
montagnes d'Arrée avec le roc Trévézel. Des montagnes ! en Bretagne ! je décidais de réserver ma deuxième journée bretonne à la découverte de ces hauts sommets.
(à suivre)
Je ne saurais dire l'émotion ressentie quand, du haut du mont Saint Michel de Braspart je contemplais
le paysage qui se dévoilait à moi.
"Je suis arrivé" ai je pensé " je suis revenu chez moi" j'avais l'impression d'appartenir à cette terre, de renaitre dans un lieu qui m'étais
familier, un sentiment profond et étrange faisait tressaillir mon coeur d'allégresse. Après un long moment je me déci dais à descendre de ce promontoire et rejoindre la ferme des artisans, un
espace d'exposition artistique et artisanal proche de là, j'en profitais pour m'informer sur les contes et légendes qui couraient en ces lieux.
- Vous aimez les contes ? me demanda une femme visiblement du coin. Ce soir il y a justement une soirée contée au Youdig, vous pouvez y
aller.
Renseignements pris le fameux Youdig était une ferme auberge où se produisaient d'authentiques conteurs traditionnels dans le plus pur style de la tradition
orale. Quelle aubaine ! il faut vous dire que dans mon nord natal, en Avesnois, j'étais connu comme étant un conteu d'carabistouille c'est à dire un conteur et que les contes
bretons m'intéressaient au plus haut point. Je partais donc en direction de Brennilis, là ou se trouvait cette fameuse auberge du Youdic.
C'était une auberge coquette bâtie en pierre du pays, le décor y était chaleureux, meublé à l'ancienne. Je m'installais à une petite table, c'était
l'heure du repas et comptais bien découvrir la cuisine Locale.
"Ah ! t'as trouvé ta place ! qu'est ce que tu veux ? kig ha farz ! "
La femme qui s'adressait à moi en me tutoyant avec cet accent rude des filles de montagne, me parlait en breton, Kig a farce.... ça voulait dire quoi ? Je
compris enfin que le Kig ha farz était la spécialité du lieu. Après avoir passé commande j'observais avec curiosité mes voisins de table qui avaient eux aussi passé commande du fameux plat.
Pendant que l'on m'apportait mon kir Breton une demoiselle déposait sur la table voisine une énorme soupière emplie de bouillon dans lequel nageaient tranches de pain et légumes.
C'était donc ça ! le kig ha farz, une soupe de légume. On venait de déposer à mon tour une soupière devant moi. La soupe était délicieuse, mais bon ! c'était de la soupe. Craignant d'avoir faim
je vidais la soupière juste à temps pour voir arriver, le dessert, un melon au porto, mais... suivi d'un plat de viande boeuf bouilli, lard, saucisson puis des carottes, choux, pommes de
terre, accompagné de far de froment et de far de blé noir avec le lipig, c'est à dire la petite sauce qui va avec.
Aaaah le kig a farz ! je dois vous avouer qu'à ce moment là, je dus dégrafer le premier bouton de mon pantalon.
Sur le temps où je me délectais, Annick, la maitresse des lieux se lançait dans un discours truculent contant l'histoire de ce fameux plat.
(à suivre)
Quand elle eut finit elle vint à ma table et j'eus droit à des reproches en règle.
- T'as pas fini ton assiette ! et ton gâteau qui va le manger ?
J'étais vraiment désolé de déplaire ainsi à mon hôtesse mais je venais de découvrir cette forme d'enguelade sympathique dont encore aujourd hui je ne me
lasse pas. Je lui demandais à ce moment des précision sur la soirée conte en indiquant que j'étais moi même conteur.
"Oh ça tu vas voir avec le patron ! ici c'est chacun sa partie. Moi je fais la visite du musée" ( à cet instant de mon histoire je fais une parenthèse, car
le musée d'annick est à lui seul tout une histoire, en fait le début de leur histoire qui, si vous voulez savoir il faudra aller y voir. Je ferme ma parenthèse.)
Quelques instants plus tard je faisais connaissance avec le patron, Klaod.
Ah ! Klaod, avec sa vareuse de marin, son bâton de conteur et sa casquette vissée sur la tête.
-Tu es conteur ? m'a t-il demandé. Et bien ce soir, tu as un public, conte !
- Mais je ne connais pas de contes bretons !
- ça ne fait rien raconte nous une histoire de chez toi, de chez les chtis
Ce fut ma première soirée contée en Bretagne qui fut suivie de bien d'autres et fit de moi l'un des conteurs du Youdic. Un conteur parmi d'autres
avec Gwendal le conteur des montagnes noires, jean marie Scraigne celui de la Forêt D'huelgoat, Isabelle la conteuse d'Arrée, jean Gestin, Juan Perez le conteur marionnettiste et
pour finir Klaod lui même.
Comme toutes les soirées contes, celle-ci se termina par une initiation à la danse en chanson avec, pour finir, une démonstration de danse
kost ar c'hoat par Gwen et Sébastien qui ont repris le flambeau du Youdig, et ces deux là, quand ils dansent ..... C'est une merveille, plus tard leur enfant, petit fils de Klaod
et Annik perpetuera lui aussi la tradition à fin qu'elle ne meure point.
Aujourd hui, même si je conte plus rarement et fréquente moins souvent le Youdig, je veux mettre à l'honneur cette famille de coeur qui m'a nourri de cette
Bretagne merveilleuse dont je suis épris.
Merci à vous