Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 14:07

Mort ! Il est mort le vieux, il en finissait pas de crever. Deux ans qu’il trainait son cancer, pour une fois qu’il a trouvé son maitre. C’est vrai qu’en le voyant comme ça si maigre, si pâle, il ne me fait plus peur.

Ah ! on peut dire que j’en ai pris des tartes avec lui. Je me souviens, au moment des bulletins scolaires, je n’en menais pas large, surtout que l’école et moi, c’était comme deux et deux font cinq. Les récompenses, les prix d’honneur, c’était pas pour moi. Non moi, j’avais plus-tôt le premier prix de rêverie, celui qu’on donne au ptit gars qu’est bon à rien, celui qu’on exile au fond de la classe et dont a déjà tracé la route. Il ne fera rien dans sa vie. Toujours est-il que ce fameux bulletin, quand  il arrivait dans la boite au lettre...

- Viens ici !

Mon père était assis, il tenait le bulletin ouvert. Sa main, sa grosse main d’ouvrier tremblait. 

- Approche ! plus près

Là, il énumérait les différentes matières, invariablement suivies de notes exécrables, de places déplorables, de commentaires inécoutables puis il me fixait droit dans les yeux, se levait en silence, ouvrait la boucle de son ceinturon et faisait glisser la longue lanière de cuir entre les passants.

- Tiens ! tiens ! ça sert à quoi que je me crève  tous les jours, tiens !

La lanière de cuir cinglait sur mes jambes nues.

- Allez ! monte, ce soir c’est au pain sec et à l’eau

Si je pleurais  alors, c’était plus de rage que de douleur. Je marmonnais :

- Attends, attends un peu, quand je serai grand tu me le paieras !

Le temps a passé et j’ai grandi puis un jour j’ai quitté le nid et me suis construit. Dans ma vie j’ai fait des tas de choses, pour moi bien sur, pour ma famille mais surtout pour prouver au vieux de quoi j’étais capable. Mais jamais, jamais une fois il ne m’a dit «  c’est bien ce que t’as fais »

Hier, à l’enterrement, un copain de mon père m’a serré la main, il m’a dit

- Tu vois ton père c’était un brave homme, il nous parlait  souvent de toi, il était fier de son gamin.

Pourquoi j’ai pas su ? pourquoi j’ai pas compris ? pourquoi j’y ai pas dit «  Papa, je t’aime ». 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

lenez o vent 31/10/2009 11:29


ton billet est rempli d' amour, chez " les taiseux", pas moyen de dire le verbe Aimer!

merci, bon w end


le passager 01/11/2009 20:22


Salut à toi renifleur
Amitié


elfig 29/10/2009 23:29


Trés joli texte et quelle pudeur derrière ce silence et cette violence !!
Le mot amour est tellement difficille à dire !!!
Pourtant ile faut dire aux gens que l'on aiment tout notre amour tant que l'on est en vie !
Bonne soirée


sonja 28/10/2009 08:18


Bonjour
Enfant, comme tous les enfants du monde d'ailleurs, nous avons besoin de mots pour comprendre l'inacceptable. On a besoin de mots qui nous embrassent. On a besoin de mots qui rassurent. On a besoin
de mots qui nous encoragent... sans mots, l'enfance devient une route solitaire.
A l'âge adulte on peut parfois comprendre ce qui c'est passé... mais si on oublie de dire un "je t'aime", on se sent presque abandonné, même si le père ou la mère ont aimé leur enfant.
Un texte fort touchant. Un texte qui arrive à émouvoir, car il ressemble à tant de nos parcours.
Bonne journée
Sonia


le passager 28/10/2009 08:29


Merci, mes amitiiés à toi Sonia


agathe 26/10/2009 18:43



je ne sais pas pourquoi on regrette tous , de ne pas avoir assez dit " je t'aime "



saadou 25/10/2009 14:34


j'arrive!!!


Présentation

  • : Penn Bazh bâton Breton
  • Penn Bazh bâton Breton
  • : Les Bretons brandissaient leurs terrible penn-bazh ! Je ne sais plus de quel ancien livre j'avais tiré cette phrase mais ce fut le début d'une belle aventure.
  • Contact

Recherche